Gros plan sur le Collège International de Photographie du Grand Paris

Gros plan sur le Collège International de Photographie du Grand Paris

Sur le site de l’ancienne usine des eaux d’Ivry, en plus du projet d’habitat participatif dont l’esprit influencera l’ensemble du programme de logement, Cpa-Cps est aussi partie prenante de la création d’un Collège International de Photographie du Grand Paris. Au cœur de l’imposante « NEF », Michel Poivert, historien de la photographie, veut créer cette structure inédite pour valoriser les métiers et savoir-faire liés à la photographie d’avant le numérique, tout en créant des passerelles avec les technologies et expressions contemporaines de l’image. Entretien.

Comment est né cette idée de Collège International de Photographie du Grand Paris ?
« Il est né d’une sollicitation de Cpa-Cps pour participer à cette aventure de transformation du site de l’usine des eaux d’Ivry en vaste « Manufacture », sur des bases intellectuelles et éthiques partagées. Pour nous, un grand projet de compréhension de la ville et de l’habitat, c’est aussi un enjeu de représentation. L’idée est de créer ex nihilo un lieu qui n’est ni un centre culturel, ni une école, comme il en existe beaucoup sur le territoire du Grand Paris, mais un lieu qui pense les pratiques et la culture de l’image, en tenant compte des avancées liées à la culture photographique que j’appelle « anté-numérique ». Le collège doit être un centre de ressources et un espace d’échanges pour tous les acteurs du projet qui souhaitent faire appel à l’image. Son implantation au centre de la grande Nef est vraiment essentielle, comme point de diffraction de la vie dans tout le quartier. »

Concrètement, quelle sera la vocation de ce lieu ?
« C’est d’abord la préservation des métiers liés à la photographie, comme les techniques de tirages, et plus globalement toutes les pratiques et tous les procédés anté-numériques. Il s’agit de créer un véritable « Conservatoire » de photographie, comme il existe des conservatoires d’art dramatique ou des conservatoires de musique. La photo a 200 ans d’histoire, elle a derrière elle une culture « anté-numérique », qui n’est certes plus son horizon économique et industriel, mais comme la musique classique, elle est sans cesse rejouée.

Mais le projet ne se limite pas à cette dimension patrimoniale ?
« En synergie avec le conservatoire, l’objectif est de favoriser le déploiement de la création « post photographique » la plus contemporaine. Avec cette particularité que les acteurs les plus en avant dans le domaine photographique sont aussi eux qui connaissent le mieux les procédés anté-numériques ! Le Collège accueillera donc un centre d’expérimentation, avec des artistes en résidence, qui sera une sorte de « Fablab » dédié à l’image. Il pourra bénéficier de la proximité du makerspace qui va être opéré par l’équipe d’Ici Montreuil. Enfin, sa troisième vocation est de diffuser la connaissance de l’image au plus grand nombre, avec l’animation d’une Université libre, c’est-à-dire ouverte à tous ».

A quel stade d’avancement en êtes-vous aujourd’hui ?
« Depuis le premier trimestre 2018, nous sommes entrés dans une phase active de mobilisation des acteurs et de préfiguration des activités. Nous avons déjà réuni un collège de fondateurs, au premier rang desquels la banque Neuflize OBC qui est le principal mécène du cinéma et de la photographie en France (Cinémathèque, Jeu de Paume), et Florence et Damien Bachelot, qui ont réuni l’une des plus importantes collections de tirages originaux, chacun s’étant engagés à apporter des dotations pour 2 bourses de création et à nous soutenir à travers du « mécénat de compétences ». Sans oublier Cpa-Cps qui contribue également avec une bourse, dont la première édition sera dédiée à l’habitat participatif. Le ministère de la culture, via Marion Hislen, récemment nommée déléguée à la Photographie, est également partie prenante et avec l’Université Paris 1 que je représente, nous assurons un équilibre public/privé… Du côté du collège des experts, Jean-Luc Moulène, qui est l’une des figures majeures de l’image et de la création contemporaine, me fait l’amitié de parrainer le centre d’expérimentation, et d’autres acteurs, professionnels reconnus ou représentants du monde de l’enseignement, comme le directeur de l’EPSAA (Ecole professionnelle supérieure d’arts graphiques de la Ville de Paris), installée à Ivry, avec laquelle nous aurons des partenariats, nous accompagneront pour monter les formations dédiées aux professionnels. Nous allons bientôt déposer les statuts de l’association de préfiguration et prévoyons d’organiser d’ici fin 2018 une leçon inaugurale du Collège, ainsi que la restitution des travaux des bourses de création. »

 

Michel Poivert est professeur et occupe la chaire d’histoire de la photographie à l’Université Paris Panthéon-Sorbonne, il codirige le Master Photographie à l’École du Louvre, il est également critique et commissaire d’exposition. Il a dirigé pendant 15 ans la Société française de photographie (1995-2010) et conseille depuis plus de 10 ans la banque Neuflize-OBC, grand mécène pour les arts visuels (Jeu de Paume, Cinémathèque française, Maison européenne de la photographie, Palais de Tokyo, etc.).

Il a notamment publié : La photographie contemporaine (Flammarion, 2010), Brève histoire de la photographie, essai (Hazan, 2015), Peintres Photographes (Mazenod, 2017). Il a également organisé de nombreuses expositions : « La Région humaine », Musée d’art contemporain de Lyon (2006) – « L’Événement, les images comme acteur de l’histoire », Jeu de Paume à Paris, (2007) – « La Subversion des images », Centre Pompidou  (2009) – « Gilles Caron, le conflit intérieur », Musée de l’Elysée à Lausanne, (2013) – « Nadar, la Norme et le Caprice », Multimedia Art Museum de Moscou (2015) – « Paris Caron 68 », Hôtel de Ville de Paris (2018).

Par | 2018-05-31T10:16:25+00:00 22 mai 2018|Non classé, projets|0 commentaire

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