Fort de son permis de construire rendu définitif depuis décembre 2014, le projet “le Jardin divers”, ainsi baptisé par ses habitants, situé rue Désiré Charton (quartier Paul Signac, à Montreuil) continue sur sa lancée, avec 70 % de réservation. Le chantier débutera au printemps, pour une livraison prévue fin 2016. Rarement projet d’habitat participatif aura été aussi rapidement mené, sans rien sacrifier de ses exigences initiales en matière d’innovation sociale, économique, environnementale et architecturale. Portrait d’un projet verdoyant, qui a fait de la diversité sa marque de fabrique.

Une présence prédominante du végétal
Ce qui frappe en premier lieu, c’est la prédominance et la diversité des espaces verts collectifs. Et pour cause : la surface végétale est équivalente à 70% du terrain, répartie entre le rez-de-chaussée et les toitures accessibles. Depuis l’origine, un paysagiste intervient aux côtés de l’architecte pour concevoir avec les habitants un cahier des charges, prenant en compte non seulement la conception des espaces végétalisés mais aussi leur entretien et leur évolution dans le temps. Jardins d’agrément, jardin potager, verger, serre, il s’agit d’envisager tous les possibles. Complément du végétal, la gestion des eaux pluviales par des noues de rétention permettra d’enrichir la diversité des espèces et de contribuer à faire du Jardin divers un “îlot thermique” préservé.

Une frugalité énergétique pensée pour durer
Même si l’obtention des labels n’a pas été recherchée à n’importe quel prix, la performance énergétique du projet sera bien supérieure aux exigences de la Réglementation Thermique 2012. L’objectif est surtout de trouver le meilleur équilibre entre innovation technique, pérennité des ouvrages et robustesse des équipements (production de chauffage, protection solaire). Car la réduction de l’empreinte écologique doit s’envisager à la fois comme un tout et dans la durée (la dégradation rapide des performances étant fréquemment constatée). Ce qui implique de concevoir un bâtiment facile à entretenir, par des habitants formés à une gestion raisonnée et autonome de leur habitat. Comme dans le cas du projet CUB, un guide de bonnes pratiques sera réalisé en fin d’opération pour permettre d’optimiser la consommation d’énergie, tant collective qu’individuelle. Un tableau de consommation pour chaque fonction sera d’ailleurs installé dans chaque logement. Quant à la gestion des déchets, le système de compostage collectif ou la gestion des eaux pluviales, ils sont actuellement au centre des réflexions des habitants.

Aller au bout de la logique des labels :
un exercice édifiant !
Dans le but de soumettre le projet à toutes les possibilités d’optimisation, le bureau d’étude thermique à réalisé une projection pour définir le surcoût lié à l’obtention du label Minergie passif, sachant que 5 kwh-m2/an seulement séparent le projet actuel et sa version en Minergie. Résultat : il faudrait 325 ans pour amortir l’investissement visant à réduire l’écart entre les deux versions ! Au-delà de ce calcul pour le moins démonstratif, l’exercice fut riche d’autres enseignements. 
Il a mis en évidence des points 
d’amélioration à explorer dans la dernière phase de chiffrage, en restant dans la même enveloppe budgétaire, pour trouver la meilleure équation énergétique pour le projet. Ces pistes concernent notamment certains éléments du système 
constructif avec une isolation par l’extérieure, le chauffage collectif au gaz, l’eau chaude sanitaire solaire, la protection solaire (confort d’été), et la gestion des eaux pluviales.

Repenser la propriété pour construire du “sur-mesure social”
Le Jardin divers constituent aussi une autre façon d’accéder à la propriété. Avec 70 % de primo-accédants, le projet a su adapter les logements à la capacité d’emprunt de chacun. Tout en rendant possible l’acquisition d’espaces mutualisés (à savoir les divers jardins, ainsi qu’un espace partagé de 60 m2 en rez-de-chaussée), ce qui est loin d’être une évidence dans le cadre de la VEFA. Dans une logique de projet solidaire, le partenariat avec Habitat et Humanisme (qui acquiert dans ce projet 3 logements locatifs sociaux) a aussi ouvert la voie à une accession très aidée. Le «Mouvement d’aide au logement», dispositif soutenu par l’association, va permettre à 8 foyers de bénéficier de prêts à taux zéro qui viendront compléter leur PTZ, insuffisant pour boucler leur plan de financement. La mixité sociale se joue donc dans une proximité totale (au niveau du plus petit dénominateur qu’est le bâtiment), et dans un souci d’équilibre qui est le gage de sa réussite et de sa pérennité.